Le SEO IA, ou GEO, ou AEO, serait à refaire de zéro : c'est ce qu'on lit un peu partout. Si vous dirigez une PME, on vous a sans doute déjà proposé un audit ou un outil qui promet de vous faire citer par ChatGPT. Avant de signer, je regarde ce qui est documenté.
Je n'ai pas de résultat chiffré à vous montrer sur le fait d'être cité par une IA, et je me méfie de ceux qui en ont un trop propre. Ce que j'ai fait, c'est lire les sources primaires, Google, OpenAI et deux études, puis les confronter aux règles de mes propres machines de contenu.
01Ce que Google répond quand on lui parle de GEO
La réponse tient dans son guide sur la recherche générative : de son point de vue, travailler pour ces fonctions revient à travailler pour l'expérience de recherche, « donc encore du SEO » (Google Search Central, guide sur les fonctions d'IA générative). Le même guide explique pourquoi : AI Overviews et AI Mode vont chercher leurs pages dans l'index, avec les systèmes de classement habituels.
Danny Sullivan va dans le même sens dans un épisode de Search Off the Record, dont j'ai lu la transcription. Il range AEO et GEO comme un sous-ensemble du SEO, et précise qu'il ne parle que de Google (Google Search Central, épisode sur SEO, AIO et GEO). Cette précision compte. Google défend sa propre boutique, et il ne dit rien de ce que font les autres moteurs.
Il y a quand même une nouveauté à comprendre, le « query fan-out ». Le modèle lance plusieurs recherches voisines pour construire sa réponse. Une question sur une pelouse envahie de mauvaises herbes devient aussi une recherche sur les désherbants et une autre sur la prévention. Votre page peut donc être reprise sur une question que personne n'a tapée telle quelle.
02Ce que la recherche a mesuré, et ce qu'elle n'a pas mesuré
L'article qui a lancé le terme a été présenté à KDD en 2024. Ses auteurs ont testé des réécritures de pages sur un moteur qu'ils ont simulé, à partir des cinq premiers résultats Google et du modèle gpt-3.5. Citer ses sources, ajouter des citations et ajouter des statistiques améliorent de 30 à 40 % une de leurs mesures de visibilité. Le bourrage de mots-clés n'apporte presque rien (Aggarwal et al., GEO: Generative Engine Optimization, KDD, 2024).
Je garde trois réserves en lisant ce chiffre.
- Le moteur est simulé. Le test sur Perplexity donne 22 % et 37 % selon la mesure, sur 200 exemples, avec des textes fournis en fichiers joints plutôt que des pages trouvées sur le web.
- Le gain se déplace. Dans leur tableau, une méthode gagne 115,1 % pour le site classé cinquième et perd 30,3 % pour le premier.
- Les auteurs écrivent eux-mêmes qu'ils n'ont pas évalué l'effet de ces méthodes sur le classement dans les moteurs.
Une étude plus récente est moins enthousiaste. Sur plusieurs tâches et domaines, la plupart des méthodes testées se révèlent « largement inefficaces », souvent négatives pour le rang du document. Les stratégies classiques, celles qui améliorent le rang de la source dans le contexte donné au modèle, sont nettement plus efficaces, et les gains diminuent quand les concurrents adoptent la même méthode (Puerto et al., C-SEO Bench, NeurIPS Datasets and Benchmarks, 2025).
Ces deux études ne se contredisent pas autant qu'il y paraît : elles ne testent ni les mêmes méthodes ni les mêmes moteurs. Ce que j'en retiens est modeste. Une page qui donne ses preuves semble avoir un avantage, et je n'irais pas plus loin sur ces seules bases.
03Ce que je ne ferais pas
Je ne créerais pas de fichier llms.txt en espérant un effet sur Google. Sa documentation dit qu'il ignore ces fichiers, que ça ne fait ni bien ni mal, et qu'on peut en garder un pour d'autres services (Google Search Central, guide sur les fonctions d'IA générative). Ce site n'en a pas.
Je ne découperais pas mes textes en petits morceaux pour plaire aux modèles. Danny Sullivan est très clair, « nous ne voulons pas que vous fassiez cela », et il ajoute l'argument que je trouve le plus utile : admettons que ça marche aujourd'hui, les systèmes changeront, et vous aurez réorganisé tout votre contenu pour un avantage qui peut disparaître (Google Search Central, épisode sur SEO, AIO et GEO).
Je ne publierais pas une page par sous-question pour couvrir tout le fan-out. Google considère qu'une telle production, quand son but premier est de manipuler les réponses, viole sa politique sur le contenu généré à grande échelle. Je suis directement concerné, puisque j'écris avec une machine. C'est une limite que je garde en tête.
Enfin, je ne paierais pas pour un score. Google rappelle qu'aucun outil tiers n'a accès à ses données internes de classement, et cite les outils « AEO » ou « GEO » parmi ceux qui promettent plus qu'ils ne peuvent garantir (Google Search Central, conseils sur les outils tiers). Un outil peut rendre service pour suivre des réponses. Il ne vous dit pas pourquoi vous y êtes.
04Ce que je vérifie sur un site, dans l'ordre
Rien de ce qui suit n'est spectaculaire, et c'est bien le sujet.
L'accès
- Le fichier robots.txt et le CDN laissent passer Googlebot. Google précise bien « et tout CDN ou hébergement », parce qu'un blocage à ce niveau ne se voit pas dans robots.txt (Google Search Central, les fonctions d'IA et votre site).
- Les pages importantes sont indexées et peuvent afficher un extrait, sans `nosnippet` posé par erreur. C'est la condition pour servir de lien dans ces réponses.
- Dans Search Console, le réglage Search generative AI est bien sur l'inclusion. C'est la valeur par défaut, et il ne touche pas à l'entraînement des modèles, qui passe par Google-Extended (Aide Search Console, Search generative AI control).
- OAI-SearchBot est autorisé si vous voulez apparaître dans la recherche de ChatGPT. Un site qui le bloque n'apparaît pas dans ces réponses, et GPTBot, qui concerne l'entraînement, se règle à part (OpenAI, présentation de ses robots). Vous pouvez donc refuser l'un et accepter l'autre.
La page
- L'information qui compte est en texte, pas seulement dans une image ou une vidéo. Les données structurées disent la même chose que la page visible.
- La page apporte quelque chose qu'on ne trouve pas ailleurs : un exemple, un chiffre sourcé, une erreur racontée. Google parle de contenu « non interchangeable », et l'étude de 2024 va dans ce sens pour les preuves.
La mesure
- Je regarde le rapport dédié de Search Console, ouvert à tous les sites depuis fin août 2026. L'aide décrit des impressions, sur quatre axes : pages, pays, dates et appareils (Aide Search Console, rapport sur les performances de l'IA générative). Il ne liste pas de requêtes, et je ne lui ferais donc pas dire ce qu'il ne dit pas.
- Je croise avec les conversions dans l'analytique. Google affirme que les clics venus de pages avec AI Overviews sont de meilleure qualité, sans publier de chiffre. C'est son affirmation, et chez vous, ça se vérifie. Je l'ajouterais au rapport SEO mensuel qui part seul, plutôt que d'ouvrir un tableau de bord de plus.
05Ce que ma machine de contenu fait déjà, et ce que je ne sais pas
En lisant ces sources, j'ai reconnu des choses que j'ai construites pour une autre raison. La machine de contenu de ce blog refuse un brief sans sources lues, avec un titre identifié et l'affirmation que chacune soutient. Tout chiffre doit avoir son lien dans le même paragraphe, et la FAQ part de questions réellement posées, notées avec leur origine. Une machine du même type publie les articles de Moonworkers, mon entreprise.
J'ai écrit ces règles pour éviter les textes qui inventent, pas pour être cité par une IA. Je trouve ce mobile plus solide. Si l'avantage pour les réponses générées disparaît demain, un lecteur humain continuera d'y gagner des sources vérifiables.
Maintenant, ce que je ne sais pas. Je ne sais pas si ces règles me font davantage citer, je n'ai pas de test propre à montrer. Je ne sais pas non plus comment ChatGPT choisit ses sources, et la page d'OpenAI que j'ai lue parle d'accès, pas de sélection. Enfin, ce sujet bouge vite : le guide de Google a été mis à jour en juillet 2026, et tout ce que j'écris ici sera à relire.
06Par où commencer lundi
Prenez vos cinq pages qui comptent le plus pour votre activité et passez la liste ci-dessus, en commençant par l'accès. C'est le point où une simple erreur de réglage vous rend invisible, et c'est aussi le moins cher à corriger.
Si quelqu'un vous propose une prestation GEO, posez-lui les questions que Danny Sullivan suggère pour tout conseil SEO : où Google le dit-il, et est-ce que ça risque une action pour spam ? Demandez ensuite ce qui sera mesuré, et comment on saura que ça ne marche pas. Une bonne réponse existe, elle sera seulement moins spectaculaire que la promesse.
Si vous voulez regarder cela sur votre site, le travail de contenu et de SEO fait partie de ce que je décris dans mes services, et on peut en parler.
